A Pantin, entre le canal de l'Ourcq et la voie ferrée, se dresse une silhouette imposante: les grands Moulins. Témoignage de l'importance de la petite couronne parisienne dans l'approvisionnement de la capitale au XXesiècle, ce site est aujourd'hui le symbole d'une nouvelle banlieue en voie de tertiarisation.

Un premier moulin est attesté sur les lieux dès 1882. La fin du XIXesiècle voit en effet les grandes minoteries industrielles supplanter les moulins artisanaux, terminant un mouvement de concentration amorcé depuis la fin du XVIIIesiècle. Dès l'origine, le choix est fait d'adopter le nouveau procédé de la mouture hongroise: les meules traditionnelles sont remplacées par des broyeurs à cylindre. Cela permet à la fois une production de farines de meilleure qualité et une gestion simplifiée de l'espace. Au début de la Grande Guerre, cette société se place au 7e rang pour l'approvisionnement de la capitale.

L'entre-deux-guerres est propice à la concentration de l'activité: en 1921 la Société des Grands Moulins de Strasbourg acquiert la minoterie de Pantin, puis construit en 1923 un nouveau moulin, fait d'une structure de béton et d'un remplissage de briques. L'origine alsacienne de l'architecte, Eugène Haug, explique certainement le choix de grandes toitures à pans brisés, d'inspiration germanique. Cette architecture en hauteur est caractéristique des grandes minoteries du XXe siècle. Endommagés en 1944 par l'explosion d'une péniche minée, les bâtiments sont partiellement reconstruits par l'architecte Léon Bailly, dans le respect du style initial.

Entre 1970 et 1990, les Grands Moulins de Pantin s'engagent dans la boulangerie industrielle (marque Baguépi), automatisent la production et réduisent leurs effectifs. Racheté par le groupe Soufflet en 1996, l'établissement cesse définitivement toute activité en mars 2004. Se pose alors la question du devenir d'un tel ensemble industriel...

Avant la vente, l'ancien propriétaire conscient de l'intérêt patrimonial du site a tenu à organiser un concours d'architecture avec la collaboration des instances municipales et nationales (DRAC, SDAP). Vendu au cours de l'été 2004 à un promoteur immobilier, l'ensemble doit être, après quelques démolitions, converti en immeubles de bureaux par le cabinet d'architectes Reichen et Robert. Le cahier des charges prévoit la revalorisation partielle des bâtiments anciens ainsi que la construction de nouveaux espaces. L'ensemble des travaux est réalisé sous la norme HQE: la reconversion de bâtis industriels témoigne également d'une volonté de développement durable. Les porteurs du projet entendent préserver la mémoire du lieu en conservant les bâtiments du moulin central, du silo de préparation des moutures, du silo à grains et du magasin à farine. La tourelle doit devenir le symbole du site.

Mais cette mise en valeur se limite à la seule enveloppe extérieure, l'ensemble de l'appareil de production ayant été démonté. Reste donc l'architecture pittoresque des années 1920, débarrassée des extensions postérieures. Nombre d'observateurs regrettent ce "façadisme", trop superficiel pour permettre la compréhension des lieux, de leur histoire technique, industrielle et sociale. Il n'en reste pas moins que ce genre de réemploi est un prélude nécessaire à toute valorisation patrimoniale. On peut, en outre, se réjouir de la conservation in situ de la chaudière Babcox et Wilcox des années 1920.

La reconversion des grands Moulins de Pantin, en alliant respect et dynamisme, paraît donc tout à fait réussie. Réponse définitive à l'automne 2009...



Projet Reichen et Robert

Du nouveau !

Depuis ce début d'année 2009, des visites du chantier sont organisées. Vous trouverez plus d'infos auprès du comité départemental du tourisme de Seine Saint-Denis. Une bonne initiative !