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Sophie Mouton

Médiation culturelle et valorisation du patrimoine

jeudi 1 mai 2008

« Des machines et des Dieux »

Lorsqu'on pense à Rome, son architecture et ses musées, on pense rarement au patrimoine industriel. Et pourtant ! Au détour de mes lectures, j'ai découvert un site tout à fait étonnant : à la fois antenne des fameux musées du Capitole et centrale thermoélectrique du début du XXe siècle : la Centrale Montemartini.

En 1997, alors que les musées capitolins sont en pleine réorganisation, on déménage les chefs d'œuvre antiques qu'ils abritent. Pour ne pas les soustraire à la vue des publics, on fait le choix d'exposer ces collections dans un lieu inédit : la première centrale électrique publique romaine (1912). Archéologie classique et archéologie industrielle ont donc été rapprochées pour former une exposition hors du commun : Des machines et des Dieux. Cette cohabitation curieuse entre outils de production et sculptures antiques a remporté un vif succès auprès des publics. Les odeurs de graisse, la sobriété architecturale des lieux mêlées à la force des œuvres antiques plongent les visiteurs dans un univers intéressant et les amènent à s'interroger : quels sont les divinités de notre XXIe siècle ?

Statues d'Hygée et d'Estia devant le tableau de manœuvre d'un moteur diesel
© Ville de Rome & Zètema Progetto Cultura.

En 2005 les travaux au sein des musées du Capitole sont terminés. Cette espace d'exposition à vocation temporaire aurait donc dû disparaître... Mais face à l'engouement du public, la Centrale Montemartini est devenu un espace permanent, membre du réseau des musées du Capitole. Elle abrite désormais les acquisitions les plus récentes de ces musées. Aujourd'hui, c'est toute la zone industrielle Ostiense Marconi, la plus ancienne de la capitale italienne (qui comprend outre la centrale électrique Montemartini, un abattoir, un gazomètre, des structures portuaires, l’ancienne usine Mira Lanza et les anciens marchés généraux), qui est en voie de reconversion : elle accueillera bientôt une cité des sciences et un campus universitaire.

vendredi 5 octobre 2007

Valoriser le patrimoine industriel du Haut-Jura au Musée de la Lunette de Morez !

Dans quelques jours j'aurai quitté le grand Ouest et son industrie lourde, ses chantiers navals, son architecture portuaire pour le Jura et la petite ville de Morez. Je suis en effet chargée de la médiation culturelle au Musée de la lunette, musée de France qui a ouvert ses portes en 2003. Mais pourquoi la lunette à Morez?

Au XVIe siècle des ateliers s'implantent sur les bords de la Bienne au lieu-dit de la Combe Noire, utilisant l'énergie hydraulique. La famille Morel serait la première à s'y installer, elle laissera son nom à la ville de Morez. Morez va se développer au XVIIIe siècle du fait notamment de sa proximité avec la Suisse, en produisant des horloges et des clous. En 1796 un cloutier, Hyacinthe Caseaux a une idée: il utilise du fil de métal pour fabriquer des bésicles. C'est le début de la lunetterie morézienne, qui connaît son essor au milieu du XIXe siècle.

Morez, qui compte quelques 6000 habitants aujourd'hui, est donc pétrie d'histoire industrielle. Le musée de la Lunette a été conçu en collaboration avec les Musées des Techniques et Cultures Comtoises pour valoriser cette identité industrielle, pour développer un tourisme économique par l'aménagement culturel d'un territoire enclavé en fond de vallée.

Le musée de la Lunette appartient à un ensemble dédié à l'activité lunetière: Viseum. Il côtoie le syndicat professionnel de la lunetterie, un espace de recherche et développement et un magasin d'optique.

L'exposition permanente est divisée en plusieurs séquences. Le parcours débute par l'histoire locale et la mise en valeur des premiers savoir-faire: clouterie, horlogerie, émaillerie. Puis on évoque l'histoire des techniques en détaillant les différentes étapes de fabrication des lunettes en métal. Une place importante est faite à l'histoire sociale: des premiers paysans pluri-actifs aux immigrés du XXe siècle, qui sont les gens de la lunetterie? À l'étage est exposée une impressionnante collection d'arts décoratifs: des lunettes comme élément de parure et de représentation sociale. Enfin le musée aborde également l'histoire des sciences, en proposant de nombreuses manips': pourquoi porte-t-on des lunettes? Le musée programme en outre des expositions temporaires. A l'affiche en ce moment: "Visions du monde. Explorer, mesurer et cartographier le ciel".

Je vais beaucoup apprendre au sein de cette petite structure !

Pour en savoir plus sur l'industrie morézienne

  • Olivier, Jean-Marc, Des clous, des horloges, des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (1780 - 1914), 2004, ISBN 978-2735504800.

lundi 4 juin 2007

"Le nouvel âge des musées"

Parmi les ouvrages que j'ai pu lire dernièrement, il en est un qui a particulièrement retenu mon attention: Le nouvel âge des musées de Jean-Michel Tobelem, paru en 2005 chez Armand Colin.

L'auteur y décortique le fonctionnement des musées, quels qu'ils soient, partout à travers le monde. Le sous-titre, "Les institutions culturelles au défi de la gestion", introduit la thèse de l'auteur qui voit dans les musées du XXIe siècle des "organisations culturelles de marché", immergées dans le monde de la consommation. Cette immersion ne signifie pas pour autant que le musée soit une entreprise commerciale comme les autres, bien au contraire. Jean-Michel Tobelem reprend la définition de l'ICOM:

Le musée est une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public et qui fait des recherches concernant les témoins matériels de l'homme et de son environnement, acquiert ceux-là, les conserve, les communique et notamment les expose à des fins d'études, d'éducation et de délectation.

La thèse de Tobelem me paraît des plus pertinentes: le musée n'est pas un électron libre, détaché des réalités contemporaines. Il ne doit plus être ce conservatoire intemporel et poussiéreux, replié sur lui-même. Les musées font bel et bien partie de la société, ils évoluent avec elle. Il leur faut donc relever de nouveaux défis, tant en matière de financement, de gestion des ressources humaines que de gouvernance ou d'élaboration de stratégies.

Il s'agit là d'une véritable révolution dans la compréhension du musée: il contribue à produire des retombées importantes en matière d'image, d'activité économique et d'emploi. Le musée de site du Familistère témoigne bien de ce renversement de perspective. Le patrimoine n'est plus considéré par les collectivités territoriales comme un frein au développement local, bien au contraire.

Il semble qu'il faille toutefois s'interroger, avec l'auteur, sur cette tension grandissante: peut-on concilier la mission scientifique et culturelle des musées avec l'exigence de mise en valeur qui conduit à l'amélioration des services aux visiteurs, à l'intégration aux projets de développement des territoires?

Tourisme, événementiel, communication: les musées sont aux prises avec le marché. S'ils ne peuvent l'ignorer, ils ne doivent pas pour autant succomber aux dérives commerciales. C'est là le rôle des professionnels de la culture: donner des clés de lecture adaptées à la compréhension de discours scientifiques rigoureux et ambitieux.

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