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Sophie Mouton

Médiation culturelle et valorisation du patrimoine

dimanche 19 octobre 2008

Multimédia, TIC et musées

Le terme multimédia est apparu au début des années 1980 avec la naissance des premiers CD-ROMs. Grâce à la mémoire de ces derniers et aux capacités nouvelles des ordinateurs, des applications pouvaient alors générer, utiliser ou piloter simultanément plusieurs média : son, vidéo, image, etc. Il ne s'agissait pas là d'une révolution technologique : des logiciels existaient déjà, permettant des vidéo interactives.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, les musées sont en pleine mutation avec la diffusion du concept d'interprétation et la volonté de plus en plus affichée de placer les publics au cœur des projets. Outil de médiation, l'audiovisuel fit très vite son apparition dans ces musées des années 1960 et 1970. Plus tard, certains musées des États-Unis et du Canada se dotèrent de bornes multimédia. En France, la Réunion des Musées Nationaux se fait concepteur et éditeur multimédia dès 1993. 

Le multimédia et aujourd'hui les TIC paraissent donc bien adaptés aux exigences muséales nouvelles. On les retrouve dans toutes les missions dévolues au musée : exposition, conservation, étude et recherche. Les professionnels des musées doivent tout de même être vigilants : la technologie n'est pas une fin en elle-même, il leur faut trouver un équilibre entre l'outil et le contenu.

Multimédia et TIC offrent de réelles opportunités.

Mis au service des contenus scientifiques, ils ont une puissance de représentation et de contextualisation inégalée. Au musée de la lunette par exemple, la portée de l'exposition permanente est étendue grâce à plusieurs bornes multimédia. L'une d'entre-elles permet de resituer les pièces de la collection Essilor - Pierre Marly dans une véritable histoire des sciences. En quoi l'apparition des instruments optiques au XVIIe siècle a-t-elle changé les visions du monde occidentales ? L'information mise à disposition des publics est riche et variée : ceux-ci créent leur propre visite en sélectionnant les contenus. Ils ne subissent plus passivement le parcours de l'exposition. Enfin, pour reprendre l'exemple des bornes multimédia, elles permettent d'adapter le contenu aux différents publics. Ainsi certaines sont spécialement conçues pour les enfants ou les adolescents, leur proposant quizz et approche plus interactive.

Outre ces services aux publics, les TIC proposent des solutions d'avenir pour la conservation des collections muséales. Au musée du quai Branly par exemple, le "chantier des collections" a abouti à la formation d'une vaste banque de données comportant des vues numérisées de chaque objet et des notices d'inventaire détaillées. Il s'agit là d'une mesure de conservation préventive de premier ordre : désormais, ces pièces pourront être étudiées par les scientifiques et les étudiants sans sortir de leurs lieux de conservation. La qualité des informations numérisées permet en effet une étude fine et parfois même plus précise des collections. Ce choix d'une base de données exhaustive favorise la recherche : nul besoin de se déplacer à Paris pour profiter des richesses du musée du quai Branly, ces données sont accessibles en ligne.

Au-delà de ces quelques exemples réussis, ces nouvelles technologies peuvent faire peser de réels risques sur les musées.

Les coûts d'installation, mais également de maintenance et de fonctionnement sont des contraintes qu'il ne faut pas évacuer. Ces nouvelles technologies coûtent cher et ces investissements se font généralement au détriment d'autres projets. La technologie n'assurant pas elle-même sa propre médiation, il faudra en outre former le personnel à son entretien et le rendre accessible aux publics. Car le risque est grand de voir un retour sur investissement quasi-nul et de ne faire des multimédias que des faire-valoirs censés prouver la modernité du musée.

Quelle est l'utilisation réelle de ces nouveaux outils par les publics ? Comment se les approprient-ils ? Une enquête a été réalisée au début de l'introduction du multimédia dans les musées à Hanovre, en 1995. Il en est ressorti que seuls 13% des visiteurs prêtaient attention à ces outils, contre 63% qui les avaient sciemment ignorés et 20% qui ne les avaient même pas remarqués. Nombre de professionnels des musées voient donc dans ces applications de TIC de simples gadgets onéreux et peu efficaces.

Pourtant le multimédia et plus largement les TIC recèlent de véritables richesses que les musées peuvent et doivent exploiter.

L'essentiel semble être de laisser à ces nouvelles technologies une place d'outils au service des différentes missions muséales. Ainsi les logiciels d'inventaire sont-ils aujourd'hui indispensables pour une gestion rigoureuse et documentée des collections. On assiste également à un retour du document d'archives, par l'intermédiaire de supports électroniques. C'était le cas lors de l'exposition consacrée à Anne de Bretagne, présentée au musée d'histoire de Nantes à l'été 2007. Certains manuscrits médiévaux trop fragiles pour être exposés pouvaient tout de même être consultés par les publics, grâce à leur numérisation, la présentation étant rendue interactive par des écrans tactiles.

Enfin il faut qu'un véritable dialogue s'instaure entre les professionnels de l'informatique, de la conservation et de la médiation culturelle pour trouver un bon équilibre entre contenu et technologie et intégrer totalement les outils à la scénographie. Puis, comme toute production muséale, ces dispositifs multimédia devront faire l'objet d'une évaluation.

À lire

Un blog consacré aux TIC et aux stratégies de communication des musées sur le Web : Buzzeum.

mardi 14 octobre 2008

La reconversion des bâtiments industriels en musées

La réaffectation de bâtiments en musées est très fréquente : églises, châteaux, gares, hôtels particuliers, etc. sont rénovés, transformés parfois, pour accueillir au mieux collections et publics. Les lieux de l'industrie connaissent eux aussi ce phénomène : l'engouement pour leurs architectures est particulièrement marqué depuis quelques années. Les bâtiments industriels offrent souvent des volumes importants et neutres, ce qui leur confère une flexibilité et une souplesse qui faciliteront leur reconversion en lieu de conservation et d'exposition.

À première vue, le devenir de ces usines, entrepôts, centrales électrique, thermique, docks est tout tracé. S'ils doivent être musées, alors ils seront écomusées, musées de société, musées de sciences et techniques. Car la protection de ce bâti résulte généralement d'un souci patrimonial : il faut préserver un témoin important d'une activité passée. L'écomusée de l'Avesnois, à Fourmies, installé dans l'ancienne filature Prouvost-Masurel en est un exemple réussi. Le futur musée de site du Familistère s'inscrit également dans cette volonté de donner du sens à l'architecture conservée. Installé sur un ancien charbonnage reconverti par l'architecte Jean Nouvel, le Parc d'aventure scientifique et social, s'attache à transmettre une culture technique et scientifique.

Mais d'autres exemples, peut-être plus audacieux, nous montrent aussi que ces bâtiments industriels peuvent trouver un nouveau souffle en accueillant des propos bien différents. Déjà, avec le centre Pompidou, Piano et Rogers s'étaient inspirés de cette architecture pour créer un nouveau lieu pour l'art moderne. À Londres, la Tate Modern est allée plus loin : l'art européen du XXe siècle est conservé et exposé dans la Bankside Power Station, ancienne centrale électrique réaménagée par Jacques Herzog et Pierre de Meuron. Le Grand Hornu, cité ouvrière belge construite entre 1820 et 1835 par l'industriel Henri Degorge, laissé à l'état de friches dans les années 1950 a lui aussi trouvé une deuxième vie en devenant Musée des Arts Contemporains : le MAC's.

Qui désormais pourra affirmer que l'art contemporain nécessite une architecture contemporaine, que l'art ancien est mieux mis en  valeur dans un bâtiment historique... L'architecture industrielle peut entrer en résonance avec des contenus variés, si le projet est réfléchi. Car le risque est grand de dénaturer ce patrimoine en le réduisant à une simple coquille vide.

dimanche 7 septembre 2008

À lire : industrie et collections muséales

Comment les objets de l'industrie trouvent-ils leur place dans les musées ? Pour répondre à cette question, je vous invite à lire un article paru dans la Lettre de l'Ocim il y a quelques années déjà mais qui est très complet et toujours d'actualité !

L'auteure, Bénédicte Rolland-Villemot, conservateur, rappelle les spécificités du patrimoine industriel, ainsi que ses contraintes intrinsèques. Protégé depuis les années 1960, sa nature et son gigantisme en font un patrimoine difficile à conserver et à mettre en valeur. L'auteure insiste sur l'importance de recontextualiser ce patrimoine pour lui donner tout son sens : la valeur de l'objet industriel réside avant tout dans le témoignage qu'il nous livre d'une activité, d'une époque. Elle met au jour quatre critères qui doivent guider les conservateurs dans leur choix d'inscrire ou non tel objet à l'inventaire :

  1. critère historique ;
  2. critère quantitatif de représentativité ;
  3. critère technologique ;
  4. critère symbolique.

Le patrimoine de l'industrie possède en effet une dimension immatérielle très importante. L'enjeu majeur pour les musées du XXIe siècle est d'ailleurs de restituer et de conserver des savoir-faire et non plus seulement des outils ou des architectures particulières.

Une muséographie dynamique et moderne doit permettre de restituer tous les messages de ce patrimoine : l'approche technicisite, qui replace les collections dans une histoire des techniques progressiste doit être complétée par une approche contextuelle, sans perspective historique, à l'image de celle présentée par les écomusées. Il est important de mettre en évidence le sens et les conséquences sociales de l'innovation technologique.

Ainsi la conservation des collections industrielles n'est pas le simple passage de la machine au musée. La valorisation de ce patrimoine passe d'abord par une nouvelle mise en perspective.

À lire

Collections industrielles et techniques : de la connaissance à la diffusion, un texte de Bénédicte Rolland-Villemot, paru dans la Lettre de l'Ocim n°73 en 2001.

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