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Sophie Mouton

Médiation culturelle et valorisation du patrimoine

mardi 5 mai 2009

L'horlogerie comtoise : une asso et un blog

Depuis le début de l'année, je travaille, avec d'autres passionnés, à la création d'une association dédiée au patrimoine horloger du Haut-Jura. L'idée est de faire connaître la diversité des activités industrielles du bassin morézien, qui avant de se lancer dans l'aventure lunetière, a vu naître la célèbre horloge comtoise. Il s'agit également de présenter une organisation du travail un peu particulière : l'établissage, qui laisse une grande place à la pluri-activité.

Nous travaillons donc à la mise en place d'un inventaire de ce patrimoine et notamment des horloges monumentales. Il nous reste aussi beaucoup à faire pour mieux connaître la période la plus récente, le XXe siècle, qui a vu disparaître l'essentiel de l'activité horlogère dans le Haut-Jura.

Je vous invite donc à découvrir cette association, via son blog.

Horloge d'édifice, porte de Nozeroy, signée L.D. Odobey Cadet - Morez (Jura)

samedi 7 mars 2009

A lire dans "Archives juives" : les Deutsch de la Meurthe

Le dernier numéro de la revue Archives juives (n°42/1 1er semestre 2009) propose un dossier sur "La grande bourgeoisie juive parisienne (1850 - 1940)", sous-titré "Entre intégration et antisémitisme". Vous pourrez y retrouver ma maigre contribution : un texte sur la philanthropie et le patriotisme des frères Deutsch, qui s'appuie sur mon mémoire de maîtrise, soutenu en juin 2006 à Paris IV.

Le parcours de la famille Deutsch de la Meurthe illustre parfaitement le mouvement d’ascension de la nouvelle bourgeoisie économique, qui à la fin du XIXe siècle contribue au renouvellement des élites sociales. Alexandre Deutsch, aidé de ses deux fils Henry et Émile, met en place une importante industrie de raffinage de pétrole, en France puis dans toute l’Europe. Cette brillante réussite économique va propulser la famille jusqu’aux plus hautes sphères de la bourgeoisie parisienne. Sous la IIIe République, les frères Deutsch de la Meurthe vont assumer le rôle philanthropique traditionnellement dévolu aux élites économiques. De religion juive, ils vont en outre n’avoir de cesse de réaffirmer leur citoyenneté française et leur attachement à leur pays, dans une période troublée par le jeu des nations et par un antisémitisme virulent. L’historiographie contemporaine est partagée sur la question de l’identité dont se réclament les familles de la haute bourgeoisie juive de la Belle Époque. L’émancipation – permise par la Révolution – de ces Français israélites, comme on les appelle désormais, a-t-elle conduit à la dissolution de la communauté juive dans l’espace national ? L’étude de la famille Deutsch de la Meurthe peut apporter quelques éléments de réponse. En effet, si Henry et Émile Deutsch de la Meurthe adhèrent totalement à la République et à ses valeurs, ils n’en délaissent pas pour autant leur identité juive. Ils semblent pourtant la reléguer à la sphère privée : lorsqu’il s’agit de laisser une trace pour la postérité, ils font le choix d’actions de grande envergure en faveur de toute la nation française, en soutenant l’effort de guerre par le mécénat aéronautique ou encore en en aidant à la reconstruction après-guerre.

Référence

  • Sophie Mouton, De l'aviation à la cité universitaire. Philanthropie et patriotisme chez les Deutsch de la Meurthe in Archives Juives, Paris, Les Belles Lettres, n°42/1, 1er semestre 2009, pp. 105 - 117

mercredi 12 septembre 2007

Petite escapade professionnelle dans le Haut-Jura

Une rencontre avec les responsables du Parc Naturel Régional du Haut-Jura a été pour moi l'occasion de découvrir ce territoire, marqué par une forme d'industrialisation bien spécifique. La région de Saint-Claude et de Morez a en effet connu ce que les économistes et les historiens, depuis Franklin Mendels (1969), appellent la "proto-industrie".

Dans ce territoire reculé, des paysans pluri-actifs ont su utiliser les atouts naturels et géographiques du Haut-Jura, profitant de la période d'autarcie hivernale pour fabriquer des produits manufacturés à forte valeur ajoutée. Cette production industrielle destinée à l'exportation formait une ressource complémentaire non négligeable pour nombre de familles paysannes.

Ce système de production éclaté, aussi appelé établissage, a récemment été étudié comme une forme d'industrialisation spécifique et non plus comme l'étape précédent l'entrée dans l'âge industriel. La thèse de Jean-Marc Olivier notamment s'emploie à décrire ce phénomène d'"industrisalisation douce" comme une forme d'organisation économique et sociale à part entière. Pour ce chercheur, la Haut-Jura a connu une forme d'industrialisation d'essence rurale et non dictée par les marchands venus des villes, qui reposerait sur une dynamique sociale plutôt qu'économique. Il met notamment en avant l'attachement des Jurassiens à leur territoire: contrairement aux autres régions, le Jura n'est que peu touché par la vague d'émigration que connaît la France rurale du XIXe siècle.

Ces entrepreneurs en milieu rural ont donc profité de l'arc de fer, des forêts et du vaste réseau hydrographique du Haut-Jura pour développer les industries du bois et les industries métallurgiques, leur localisation sur l'axe de communication Genève-Paris leur permettant d'écouler leurs productions. Ainsi la ville de Saint-Claude est-elle renommée pour le travail du bois et notamment la fabrication de pipes, héritant des techniques des tourneurs. Au XXe siècle, l'industrie plasturgique s'installera dans cette région pour profiter de ces savoir-faire. A Morez, l'industrie métallurgique s'est d'abord illustrée dans la fabrication de clous (fin XVIIIe - début XIXe ), puis d'horloges (1820-1880) pour être aujourd'hui reconnue comme le principal centre de production de lunettes en France, et ce depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

La région recèle de nombreuses richesses industrielles: Arc et Senans et sa saline royale, les industries alimentaires, chimiques, extractives sont également représentées. Depuis 1988, la DRAC et l'Inventaire de Franche-Comté mènent une opération de repérage du patrimoine industriel du Jura.

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