En 1631, Richelieu décide la création d'un port militaire sur les rives de la Penfeld. Brest, ville fortifiée par Vauban, devient donc une zone militaire de première importance pour le royaume de France.

Au début du XIXe siècle, la Marine étend son emprise sur le site au plateau des Capucins, qui jusqu'à la Révolution abritait le couvent et l'église des moines Capucins. Le plateau devient alors une caserne, réservée aux apprentis canonniers. En 1840, le ministre de la Marine décide la construction d'ateliers destinés à accueillir le chantier de trois frégates. Le plateau trouve alors sa nouvelle vocation: la construction navale.

Réalisés selon les plans des ingénieurs Fauveau et Menu du Mesnil, les ateliers du plateau des Capucins incarnent la perfection technique de la Révolution industrielle. Le plateau surplombant les quais d'une hauteur de 25 mètres, il faut creuser la roche, s'adapter au relief. Les travaux sont d'une grande pénibilité et donc confiés aux forçats du bagne de Brest. Des grues vont être installées pour relier les ateliers du plateau aux quais de la Penfeld.

Les ateliers sont construits en pierre de taille, matériau très répandu dans la région brestoise. Ils se décomposent en trois grandes halles parallèles, larges de 16 mètres et longues de 150 mètres. Ces espaces ne sont pas perturbés par des poteaux de fonte: l'organisation spatiale des ateliers pourra donc évoluer. Ces trois halles accueillent les ateliers de fonderie, d'ajustage et de montage. À ces trois espaces principaux s'ajoutent des bâtiments plus modestes, les annexes, aménagées en cours, qui relient les halles entre elles. Les ateliers sont parsemés de rails, facilitant le transport des matériaux. Des chambres souterraines sont aménagées pour accueillir les machines et les réserves d'eau pour les chaudières.

En 1865, les travaux sont terminés: le site industriel des Capucins permet une coordination parfaite des différentes étapes de la construction navale. Les ateliers sont spécialisés dans la réalisation du gros équipement des navires de guerre, on y trouve donc des activités très variées: fonderie, ajustage, montage, chaudronnerie, clouterie, mécanique, etc. Dans ces ateliers vont être réalisés les équipements de pointe de la Marine des XIXe et XXe siècles.

En 1944, la ville de Brest est totalement détruite. Les ingénieurs chargés de la reconstruction des ateliers vont conserver l'aspect général du site, introduisant toutefois un nouveau matériau: le béton armé.

Les Chantiers Navals vont reprendre leur activité à la Libération. Cependant l'espace de la Penfeld et le plateau des Capucins en particulier vont se révéler trop étroits et peu adaptés à la construction de l'équipement des navires de guerre actuels. En mai 2003, la DCN quitte définitivement le site. Brest, arsenal militaire, tend à devenir une simple base navale. Outre le plateau des Capucins, la réorganisation des activités militaires et industrielles à Brest va libérer d'autres espaces, tels le port du Château et le site du Salou.

La communauté urbaine, Brest Métropole Océane doit aujourd'hui réinventer des espaces jusqu'ici interdits aux activités civiles. Au terme d'un concours national, le projet de l'équipe Fortier a été retenu pour la reconversion de ce site patrimonial. L'enjeu est de taille pour le territoire, je vous le détaillerai dans un prochain billet...

Sources

Crédit Plan schématique de l'arsenal de Brest: Sardon, Creative Commons BY-SA