Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Sophie Mouton

Conservation et valorisation du patrimoine industriel

vendredi 22 août 2008

Bernd et Hilla Becher au musée des Beaux-Arts de Nantes

De passage à Nantes, j'en ai profité pour visiter l'exposition "regarde de tous tes yeux, regarde", à l'affiche au musée des Beaux-Arts jusqu'au 12 octobre 2008.

Pour fêter les trente ans de la publication de la Vie mode d'emploi de Georges Perec, 70 œuvres d'artistes contemporains sont exposées, classées selon les quatre thèmes qui fondent le travail du célèbre écrivain, membre de l'Oulipo : le quotidien, la règle du jeu, l'autobiographie et le romanesque.

Parmi ces œuvres,il en est une qui a particulièrement retenue mon attention : Châteaux d'eau new-yorkais (1985), de Bernd et Hilla Becher. Ce couple de photographes allemands a passé toute la seconde moitié du XXe siècle à recenser les bâtiments industriels en voie de disparition, ici des châteaux d'eau, aujourd'hui obsolètes, qui dominaient les buildings américains. Leur travail d'abord salué par les historiens et les ingénieurs intéresse désormais les amateurs d'art : Bernd et Hilla Becher ne sont pas de simples documentalistes, mais des artistes aux codes bien établis.

© Bernd & Hilla Becher, Château d'eau, 1978

Leurs clichés en noir et blanc répondent à des normes précises : ils sont pris à la chambre et au téléobjectif, en hiver, sous un éclairage neutre, à lumière égale, sans végétation, sans arrière-plan ni présence humaine. Le cadrage est très resserré, le sujet centré.

Ces photographies sont réalisées à la manière d'un inventaire systématique du patrimoine industriel de l'Europe et des Etats-Unis. Répertoriées, elles sont par la suite classées par typologies : châteaux d'eau, hauts-fourneaux, silos, etc. Ainsi la rigueur du projet de Bernd et Hilla Becher renvoie-t-elle à la sobriété et à l'objectivité de leurs clichés.

L'œuvre du couple Becher est construite autour d'un protocole qui lui donne tout son sens. Leurs photographies peuvent donc être rapprochées du travail de Georges Perec et des règles d'écriture qu'il s'édictait.

Pour info, cette exposition a été montée en collaboration avec le musée des Beaux-Arts de Dole. Vous pourrez donc la découvrir du 21 novembre 2008 au 21 février 2009 en Franche-Comté.

dimanche 1 juillet 2007

La nouvelle vie des nefs Dubigeon à Nantes: les Machines de l'Île

1987. La foule, émue, se presse pour assister à la mise à l'eau du dernier navire construit par les chantiers Dubigeon, à l'extrémité de l'Île de Nantes, sur la Prairie au Duc.

2007. La foule, joyeuse, se presse à nouveau sur l'Île de Nantes pour contempler la première sortie d'un géant de métal d'un autre type: l'éléphant.

Histoire d'une reconversion...

La construction navale s'est développée précocement à Nantes. Sa situation en fond d'estuaire favorise en effet le commerce et les activités portuaires qui elles-mêmes stimulent la construction de navires. Les chantiers fleurissent sur la rive nord de la Loire, notamment au XVIIIe siècle alors que la ville connaît son expansion économique grâce à la traite négrière. Mais les chantiers, s'implantant de plus en plus vers l'aval, migrent vers Chantenay et privent Nantes des revenus de l'octroi municipal. En 1835, décision est donc prise de lotir la prairie de la Madeleine et la prairie aux Ducs, afin d'y installer la construction navale.

C'est sur ce site qu'un constructeur nantais bien connu, Dubigeon, migre et installe son industrie en 1910. Au XXe siècle, Nantes vit au rythme de ses chantiers, l'île devenant progressivement la principale zone industrielle. En 1950, l'activité bat son plein, la reconstruction est une période faste: l'État passe de nombreuses commandes pour rétablir sa flotte. Mais l'activité nantaise ne va pas supporter la crise économique des années 1970 et surtout la concurrence accrue du Japon.

En 1987, le Bougainville sort des chantiers navals nantais. Ce sera le dernier navire construit à Nantes. La fermeture des chantiers navals est vécue comme un traumatisme par la population. Les travailleurs, réunis en groupes de pression pour éviter la fermeture de "la Navale", vont bientôt se trouver réunis dans une autre bataille pour la conservation des traces matérielles de l'activité navale à Nantes. En 1995 les différentes associations se regroupent en un collectif et la Maison des Hommes et des Techniques ouvre dans l'ancien bâtiment de la direction des chantiers. Le classicisme de sa façade explique sans doute la volonté originelle de  le sauvegarder.

Il n'en va pas de même pour les nefs Dubigeon, qui abritaient la grosse chaudronnerie des anciens Ateliers de la Loire (qui ont fusionné dans les années 1960 avec les autres chantiers pour former Dubigeon Normandie). Les élus et les porteurs du projet de reconversion du site ne semblent pas percevoir tout de suite l'intérêt patrimonial de cette belle architecture de fer et d'acier, caractéristique du début du XXe siècle. Mais progressivement, à force de concertation, les nefs vont trouver leur place dans le grand projet de l'Île de Nantes. Il faut en effet inventer un nouvel avenir pour ce site, qui semble avoir perdu toute raison d'être avec la vague de désindustrialisation des années 1980. Inventer demain, sans faire table rase du passé industriel: telle est la mission de l'architecte Alexandre Chemetoff, dont le projet a été retenu en 1999.

Alexandre Chemetoff veut faire des anciennes nefs Dubigeon un espace public, ouvert aux projets et aux initiatives. Elles constituent un ensemble de 180 mètres de long, de 60 mètres de large et de 26 mètres de long. L'objectif principal des travaux de réhabilitation a été de mettre en valeur et de tirer profit de ces grands volumes. La structure (métallique et béton) a donc été mise à nu, nettoyée et restaurée. Les travaux ont été confiés à Patrick Bouchain et Nicole Concordet, qui ont déjà fait leurs preuves dans la reconversion de l'usine LU en un centre culturel. Deux rues traversent les nefs. La première, du nord au sud, ouverte à la circulation des piétons et des cycles sera le cœur de l'activité du lieu. La seconde, d'est en ouest, prolongera la rue la Tour d'Auvergne et s'ouvrira sur le site des chantiers. De part et d'autre de ces rues et autour des nefs de nouveaux programmes, pérennes ou temporaires, s'implanteront.

L'atelier et la galerie des machines sont le premier programme à s'implanter sur les lieux. L'éléphant, tout droit sorti de l'imaginaire de François Delarozière (Royal de Luxe) et de Pierre Oréfice, s'est installé dans la nef Est. Premier d'un bestiaire mécanique digne des romans de Jules Verne, il symbolise le renouveau des nefs, la reconversion de friches industrielles par l'art. Si certains passionnés ou nostalgiques de la Navale auraient aimé une reconversion plus directement liée aux activités portuaires, il semble que les machines de l'Île de Nantes aient réussi un premier pari: réconcilier les Nantais avec ce territoire industriel.

mercredi 6 juin 2007

Diplômée !

Les résultats sont tombés hier, c'est officiel: je suis diplômée de l'Université de Nantes. Avec 15,74/20 de moyenne, j'ai obtenu ma deuxième année de master professionnel (ex-DESS) Communication et médiations culturelles, spécialité Valorisation du patrimoine économique et culturel. Cette dernière année de formation m'a permis de me spécialiser dans la mise en valeur des patrimoines économiques. Ce terme recouvre les patrimoines du monde du travail: artisanal, industriel, rural, portuaire, etc.

Le premier semestre a été consacré aux cours universitaires: sociologie, histoire des politiques culturelles, interculturalité, droit des contrats et de la propriété intellectuelle, multimédia, communication, montage d'un projet culturel. A ces cours se sont ajoutés de nombreuses rencontres de professionnels, des cas pratiques de valorisation de patrimoine économique. Nous avons notamment étudié:

Le deuxième semestre a été l'occasion d'un stage de fin d'études, pour moi: le Familistère de Guise. Plus quelques cours d'anglais et d'allemand...

Je suis donc prête à mettre mes connaissances et mes compétences au service de la conservation et de la mise en valeur du patrimoine industriel, au sein d'un écomusée ou d'un musée de société par exemple.