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Sophie Mouton

Médiation culturelle et valorisation du patrimoine

mardi 5 mai 2009

L'horlogerie comtoise : une asso et un blog

Depuis le début de l'année, je travaille, avec d'autres passionnés, à la création d'une association dédiée au patrimoine horloger du Haut-Jura. L'idée est de faire connaître la diversité des activités industrielles du bassin morézien, qui avant de se lancer dans l'aventure lunetière, a vu naître la célèbre horloge comtoise. Il s'agit également de présenter une organisation du travail un peu particulière : l'établissage, qui laisse une grande place à la pluri-activité.

Nous travaillons donc à la mise en place d'un inventaire de ce patrimoine et notamment des horloges monumentales. Il nous reste aussi beaucoup à faire pour mieux connaître la période la plus récente, le XXe siècle, qui a vu disparaître l'essentiel de l'activité horlogère dans le Haut-Jura.

Je vous invite donc à découvrir cette association, via son blog.

Horloge d'édifice, porte de Nozeroy, signée L.D. Odobey Cadet - Morez (Jura)

vendredi 5 octobre 2007

Valoriser le patrimoine industriel du Haut-Jura au Musée de la Lunette de Morez !

Dans quelques jours j'aurai quitté le grand Ouest et son industrie lourde, ses chantiers navals, son architecture portuaire pour le Jura et la petite ville de Morez. Je suis en effet chargée de la médiation culturelle au Musée de la lunette, musée de France qui a ouvert ses portes en 2003. Mais pourquoi la lunette à Morez?

Au XVIe siècle des ateliers s'implantent sur les bords de la Bienne au lieu-dit de la Combe Noire, utilisant l'énergie hydraulique. La famille Morel serait la première à s'y installer, elle laissera son nom à la ville de Morez. Morez va se développer au XVIIIe siècle du fait notamment de sa proximité avec la Suisse, en produisant des horloges et des clous. En 1796 un cloutier, Hyacinthe Caseaux a une idée: il utilise du fil de métal pour fabriquer des bésicles. C'est le début de la lunetterie morézienne, qui connaît son essor au milieu du XIXe siècle.

Morez, qui compte quelques 6000 habitants aujourd'hui, est donc pétrie d'histoire industrielle. Le musée de la Lunette a été conçu en collaboration avec les Musées des Techniques et Cultures Comtoises pour valoriser cette identité industrielle, pour développer un tourisme économique par l'aménagement culturel d'un territoire enclavé en fond de vallée.

Le musée de la Lunette appartient à un ensemble dédié à l'activité lunetière: Viseum. Il côtoie le syndicat professionnel de la lunetterie, un espace de recherche et développement et un magasin d'optique.

L'exposition permanente est divisée en plusieurs séquences. Le parcours débute par l'histoire locale et la mise en valeur des premiers savoir-faire: clouterie, horlogerie, émaillerie. Puis on évoque l'histoire des techniques en détaillant les différentes étapes de fabrication des lunettes en métal. Une place importante est faite à l'histoire sociale: des premiers paysans pluri-actifs aux immigrés du XXe siècle, qui sont les gens de la lunetterie? À l'étage est exposée une impressionnante collection d'arts décoratifs: des lunettes comme élément de parure et de représentation sociale. Enfin le musée aborde également l'histoire des sciences, en proposant de nombreuses manips': pourquoi porte-t-on des lunettes? Le musée programme en outre des expositions temporaires. A l'affiche en ce moment: "Visions du monde. Explorer, mesurer et cartographier le ciel".

Je vais beaucoup apprendre au sein de cette petite structure !

Pour en savoir plus sur l'industrie morézienne

  • Olivier, Jean-Marc, Des clous, des horloges, des lunettes. Les campagnards moréziens en industrie (1780 - 1914), 2004, ISBN 978-2735504800.

mercredi 12 septembre 2007

Petite escapade professionnelle dans le Haut-Jura

Une rencontre avec les responsables du Parc Naturel Régional du Haut-Jura a été pour moi l'occasion de découvrir ce territoire, marqué par une forme d'industrialisation bien spécifique. La région de Saint-Claude et de Morez a en effet connu ce que les économistes et les historiens, depuis Franklin Mendels (1969), appellent la "proto-industrie".

Dans ce territoire reculé, des paysans pluri-actifs ont su utiliser les atouts naturels et géographiques du Haut-Jura, profitant de la période d'autarcie hivernale pour fabriquer des produits manufacturés à forte valeur ajoutée. Cette production industrielle destinée à l'exportation formait une ressource complémentaire non négligeable pour nombre de familles paysannes.

Ce système de production éclaté, aussi appelé établissage, a récemment été étudié comme une forme d'industrialisation spécifique et non plus comme l'étape précédent l'entrée dans l'âge industriel. La thèse de Jean-Marc Olivier notamment s'emploie à décrire ce phénomène d'"industrisalisation douce" comme une forme d'organisation économique et sociale à part entière. Pour ce chercheur, la Haut-Jura a connu une forme d'industrialisation d'essence rurale et non dictée par les marchands venus des villes, qui reposerait sur une dynamique sociale plutôt qu'économique. Il met notamment en avant l'attachement des Jurassiens à leur territoire: contrairement aux autres régions, le Jura n'est que peu touché par la vague d'émigration que connaît la France rurale du XIXe siècle.

Ces entrepreneurs en milieu rural ont donc profité de l'arc de fer, des forêts et du vaste réseau hydrographique du Haut-Jura pour développer les industries du bois et les industries métallurgiques, leur localisation sur l'axe de communication Genève-Paris leur permettant d'écouler leurs productions. Ainsi la ville de Saint-Claude est-elle renommée pour le travail du bois et notamment la fabrication de pipes, héritant des techniques des tourneurs. Au XXe siècle, l'industrie plasturgique s'installera dans cette région pour profiter de ces savoir-faire. A Morez, l'industrie métallurgique s'est d'abord illustrée dans la fabrication de clous (fin XVIIIe - début XIXe ), puis d'horloges (1820-1880) pour être aujourd'hui reconnue comme le principal centre de production de lunettes en France, et ce depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

La région recèle de nombreuses richesses industrielles: Arc et Senans et sa saline royale, les industries alimentaires, chimiques, extractives sont également représentées. Depuis 1988, la DRAC et l'Inventaire de Franche-Comté mènent une opération de repérage du patrimoine industriel du Jura.