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Sophie Mouton

Médiation culturelle et valorisation du patrimoine

samedi 24 novembre 2007

Objet trouvé au fond d'un grenier

Il y a quelques mois, en fouinant dans le grenier de mes grands-parents, à Chavigny dans l'Aisne (Picardie), je suis tombée nez à nez avec un objet qui m'a tout de suite plu: un calorifère hygiénique sur lequel on peut lire la marque Léon Nanquette. Après avoir mené une petite enquête, j'ai découvert que Léon Nanquette avait été maire de Laon, entre 1919 et 1929. Renseignements pris, l'appareil de chauffage daterait lui aussi du début du XXesiècle... Le maire était-il aussi industriel? Où étaient implantées les fonderies Nanquette?

Amis blogueurs et amateurs de patrimoine industriel, j'ai besoin de vos lumières pour retracer l'histoire de ce bel objet, un peu rouillé!

Dessus du calorifère: fonte de fer

jeudi 31 mai 2007

Jean-Baptiste-André Godin et le Familistère de Guise

L’amélioration du sort des classes ouvrières n’aura rien de réel, tant qu’il ne leur sera pas accordé les Équivalents de la Richesse, ou, si l’on veut, des avantages analogues à ceux que la fortune s’accorde. […]

Pour enlever les familles ouvrières aux maux qui les poursuivent dans leur isolement, il faut s’élever à une conception supérieure de l’habitation humaine; il faut l’union des familles et leur coopération; il faut réunir au profit de leur collectivité les avantages qu’on ne peut créer isolément pour chacune d’elles. […]

Ne pouvant faire un Palais de la chaumière ou du galetas de chaque famille ouvrière, nous avons voulu mettre la demeure de l’Ouvrier dans un Palais; le Familistère, en effet, n’est pas autre chose, c’est le Palais du Travail, c’est le Palais social de l’avenir.(1)

L’auteur de ces lignes est un brillant capitaine d’industrie qui, au milieu du XIXe siècle, a fait fortune dans la fabrication d’appareils de chauffage innovants, auxquels il a laissé son nom : Godin. Fils de serrurier, l’homme naît en 1817 dans la campagne de Thiérache, sur la frontière nord de la France. Autodidacte, sa réflexion sur l’habitat et les conditions de vie des travailleurs résulte d’une prise de conscience précoce, alors qu’il effectue dans les années 1830 son « tour de France », comme il est alors d’usage dans le monde ouvrier.

La pensée et l’œuvre de Jean-Baptiste-André Godin s’inscrivent en effet dans le contexte difficile de la France de la première moitié du XIXe siècle. Au lendemain du choc de la Révolution, face aux mutations de la société, nombre de penseurs s’emploient à imaginer les structures d’une cité moderne. Ils cherchent avant tout à apporter une réponse à une question nouvelle et qui ne quittera plus le devant de la scène : la question sociale. La France de la première moitié du XIXe siècle connaît en effet une croissance urbaine qui fait de la ville un lieu de tensions sociales. Ces villes attirent surtout les plus pauvres, qui fuient les campagnes surpeuplées et sont très mal préparées à l’accueil de ces populations. La question du logement est alors cruciale : le bâti est souvent ancien et on pratique plus l’entassement que l’extension, ce qui n’est pas sans générer de nombreux problèmes, notamment sanitaires. Dans les années 1820 apparaît une nouvelle catégorie de travailleurs : le prolétariat, peu qualifié, analphabète et en grande précarité. C’est autour de ce nouveau prolétariat que va émerger la question sociale. Alors que la richesse industrielle se développe, alors que la civilisation semble progresser, l’industrialisation s’accompagne d’une nouvelle forme de misère. Deux grands types de réponse vont être apportés à ce problème. Une première paternaliste, qui appelle au retour à la tutelle, à la mise en place d’un patronage volontaire et bienveillant des élites. Une seconde socialiste, qui vise avant tout à émanciper l’homme et à substituer au capitalisme individualiste, l’associationnisme solidaire.

Pour Jean-Baptiste-André Godin, l’association des travailleurs est la solution. L'industriel va donc mettre à profit sa réussite économique en s’employant à améliorer les conditions de vie de ses ouvriers, mettant à leur disposition des services collectifs: les « Équivalents de la Richesse ». S’inspirant des théories de Charles Fourier, il va mener une expérimentation sociale inédite à Guise, dans l’Aisne, en construisant progressivement une cité communautaire : le Familistère, étymologiquement « lieu de réunion des familles ».

Le site de Guise comprend deux volets indissociables: tout d'abord le lieu de production, l'usine Godin toujours en fonctionnement aujourd'hui et sur l'autre rive de l'Oise, le « Palais social » où était organisée la vie des ouvriers et de leurs familles. Après un siècle de fonctionnement sous forme d'une coopérative de production, de consommation et d'habitation, le site de Guise revient en 1968 dans le giron capitaliste.

Le Familistère comprend donc des éléments patrimoniaux de nature différente: bénéficiant d'une architecture remarquable, il s'agit d'un héritage industriel important mais aussi d'un lieu de référence pour l'histoire du logement et de la vie en communauté.

Après la dissolution en 1968 de l’Association coopérative du Capital et du Travail, le Familistère perd progressivement sa cohérence et son identité. L’état sanitaire général se dégrade rapidement. Aujourd’hui le site bénéficie d’un programme ambitieux de restauration et de mise en valeur : le programme Utopia, mené par le syndicat mixte du Familistère Godin (SMFG). C'est au sein de cette structure que j'ai réalisé mon stage de fin d'études.

Notes

(1) Godin, Jean-Baptiste-André, Solutions sociales, Paris, 1871, ch. « Les Équivalents de la Richesse » p. 426 - 434