Le dernier numéro de la revue Archives juives (n°42/1 1er semestre 2009) propose un dossier sur "La grande bourgeoisie juive parisienne (1850 - 1940)", sous-titré "Entre intégration et antisémitisme". Vous pourrez y retrouver ma maigre contribution : un texte sur la philanthropie et le patriotisme des frères Deutsch, qui s'appuie sur mon mémoire de maîtrise, soutenu en juin 2006 à Paris IV.

Le parcours de la famille Deutsch de la Meurthe illustre parfaitement le mouvement d’ascension de la nouvelle bourgeoisie économique, qui à la fin du XIXe siècle contribue au renouvellement des élites sociales. Alexandre Deutsch, aidé de ses deux fils Henry et Émile, met en place une importante industrie de raffinage de pétrole, en France puis dans toute l’Europe. Cette brillante réussite économique va propulser la famille jusqu’aux plus hautes sphères de la bourgeoisie parisienne. Sous la IIIe République, les frères Deutsch de la Meurthe vont assumer le rôle philanthropique traditionnellement dévolu aux élites économiques. De religion juive, ils vont en outre n’avoir de cesse de réaffirmer leur citoyenneté française et leur attachement à leur pays, dans une période troublée par le jeu des nations et par un antisémitisme virulent. L’historiographie contemporaine est partagée sur la question de l’identité dont se réclament les familles de la haute bourgeoisie juive de la Belle Époque. L’émancipation – permise par la Révolution – de ces Français israélites, comme on les appelle désormais, a-t-elle conduit à la dissolution de la communauté juive dans l’espace national ? L’étude de la famille Deutsch de la Meurthe peut apporter quelques éléments de réponse. En effet, si Henry et Émile Deutsch de la Meurthe adhèrent totalement à la République et à ses valeurs, ils n’en délaissent pas pour autant leur identité juive. Ils semblent pourtant la reléguer à la sphère privée : lorsqu’il s’agit de laisser une trace pour la postérité, ils font le choix d’actions de grande envergure en faveur de toute la nation française, en soutenant l’effort de guerre par le mécénat aéronautique ou encore en en aidant à la reconstruction après-guerre.

Référence

  • Sophie Mouton, De l'aviation à la cité universitaire. Philanthropie et patriotisme chez les Deutsch de la Meurthe in Archives Juives, Paris, Les Belles Lettres, n°42/1, 1er semestre 2009, pp. 105 - 117