Le terme multimédia est apparu au début des années 1980 avec la naissance des premiers CD-ROMs. Grâce à la mémoire de ces derniers et aux capacités nouvelles des ordinateurs, des applications pouvaient alors générer, utiliser ou piloter simultanément plusieurs média : son, vidéo, image, etc. Il ne s'agissait pas là d'une révolution technologique : des logiciels existaient déjà, permettant des vidéo interactives.

Dans la seconde moitié du XXe siècle, les musées sont en pleine mutation avec la diffusion du concept d'interprétation et la volonté de plus en plus affichée de placer les publics au cœur des projets. Outil de médiation, l'audiovisuel fit très vite son apparition dans ces musées des années 1960 et 1970. Plus tard, certains musées des États-Unis et du Canada se dotèrent de bornes multimédia. En France, la Réunion des Musées Nationaux se fait concepteur et éditeur multimédia dès 1993. 

Le multimédia et aujourd'hui les TIC paraissent donc bien adaptés aux exigences muséales nouvelles. On les retrouve dans toutes les missions dévolues au musée : exposition, conservation, étude et recherche. Les professionnels des musées doivent tout de même être vigilants : la technologie n'est pas une fin en elle-même, il leur faut trouver un équilibre entre l'outil et le contenu.

Multimédia et TIC offrent de réelles opportunités.

Mis au service des contenus scientifiques, ils ont une puissance de représentation et de contextualisation inégalée. Au musée de la lunette par exemple, la portée de l'exposition permanente est étendue grâce à plusieurs bornes multimédia. L'une d'entre-elles permet de resituer les pièces de la collection Essilor - Pierre Marly dans une véritable histoire des sciences. En quoi l'apparition des instruments optiques au XVIIe siècle a-t-elle changé les visions du monde occidentales ? L'information mise à disposition des publics est riche et variée : ceux-ci créent leur propre visite en sélectionnant les contenus. Ils ne subissent plus passivement le parcours de l'exposition. Enfin, pour reprendre l'exemple des bornes multimédia, elles permettent d'adapter le contenu aux différents publics. Ainsi certaines sont spécialement conçues pour les enfants ou les adolescents, leur proposant quizz et approche plus interactive.

Outre ces services aux publics, les TIC proposent des solutions d'avenir pour la conservation des collections muséales. Au musée du quai Branly par exemple, le "chantier des collections" a abouti à la formation d'une vaste banque de données comportant des vues numérisées de chaque objet et des notices d'inventaire détaillées. Il s'agit là d'une mesure de conservation préventive de premier ordre : désormais, ces pièces pourront être étudiées par les scientifiques et les étudiants sans sortir de leurs lieux de conservation. La qualité des informations numérisées permet en effet une étude fine et parfois même plus précise des collections. Ce choix d'une base de données exhaustive favorise la recherche : nul besoin de se déplacer à Paris pour profiter des richesses du musée du quai Branly, ces données sont accessibles en ligne.

Au-delà de ces quelques exemples réussis, ces nouvelles technologies peuvent faire peser de réels risques sur les musées.

Les coûts d'installation, mais également de maintenance et de fonctionnement sont des contraintes qu'il ne faut pas évacuer. Ces nouvelles technologies coûtent cher et ces investissements se font généralement au détriment d'autres projets. La technologie n'assurant pas elle-même sa propre médiation, il faudra en outre former le personnel à son entretien et le rendre accessible aux publics. Car le risque est grand de voir un retour sur investissement quasi-nul et de ne faire des multimédias que des faire-valoirs censés prouver la modernité du musée.

Quelle est l'utilisation réelle de ces nouveaux outils par les publics ? Comment se les approprient-ils ? Une enquête a été réalisée au début de l'introduction du multimédia dans les musées à Hanovre, en 1995. Il en est ressorti que seuls 13% des visiteurs prêtaient attention à ces outils, contre 63% qui les avaient sciemment ignorés et 20% qui ne les avaient même pas remarqués. Nombre de professionnels des musées voient donc dans ces applications de TIC de simples gadgets onéreux et peu efficaces.

Pourtant le multimédia et plus largement les TIC recèlent de véritables richesses que les musées peuvent et doivent exploiter.

L'essentiel semble être de laisser à ces nouvelles technologies une place d'outils au service des différentes missions muséales. Ainsi les logiciels d'inventaire sont-ils aujourd'hui indispensables pour une gestion rigoureuse et documentée des collections. On assiste également à un retour du document d'archives, par l'intermédiaire de supports électroniques. C'était le cas lors de l'exposition consacrée à Anne de Bretagne, présentée au musée d'histoire de Nantes à l'été 2007. Certains manuscrits médiévaux trop fragiles pour être exposés pouvaient tout de même être consultés par les publics, grâce à leur numérisation, la présentation étant rendue interactive par des écrans tactiles.

Enfin il faut qu'un véritable dialogue s'instaure entre les professionnels de l'informatique, de la conservation et de la médiation culturelle pour trouver un bon équilibre entre contenu et technologie et intégrer totalement les outils à la scénographie. Puis, comme toute production muséale, ces dispositifs multimédia devront faire l'objet d'une évaluation.

À lire

Un blog consacré aux TIC et aux stratégies de communication des musées sur le Web : Buzzeum.