La réaffectation de bâtiments en musées est très fréquente : églises, châteaux, gares, hôtels particuliers, etc. sont rénovés, transformés parfois, pour accueillir au mieux collections et publics. Les lieux de l'industrie connaissent eux aussi ce phénomène : l'engouement pour leurs architectures est particulièrement marqué depuis quelques années. Les bâtiments industriels offrent souvent des volumes importants et neutres, ce qui leur confère une flexibilité et une souplesse qui faciliteront leur reconversion en lieu de conservation et d'exposition.

À première vue, le devenir de ces usines, entrepôts, centrales électrique, thermique, docks est tout tracé. S'ils doivent être musées, alors ils seront écomusées, musées de société, musées de sciences et techniques. Car la protection de ce bâti résulte généralement d'un souci patrimonial : il faut préserver un témoin important d'une activité passée. L'écomusée de l'Avesnois, à Fourmies, installé dans l'ancienne filature Prouvost-Masurel en est un exemple réussi. Le futur musée de site du Familistère s'inscrit également dans cette volonté de donner du sens à l'architecture conservée. Installé sur un ancien charbonnage reconverti par l'architecte Jean Nouvel, le Parc d'aventure scientifique et social, s'attache à transmettre une culture technique et scientifique.

Mais d'autres exemples, peut-être plus audacieux, nous montrent aussi que ces bâtiments industriels peuvent trouver un nouveau souffle en accueillant des propos bien différents. Déjà, avec le centre Pompidou, Piano et Rogers s'étaient inspirés de cette architecture pour créer un nouveau lieu pour l'art moderne. À Londres, la Tate Modern est allée plus loin : l'art européen du XXe siècle est conservé et exposé dans la Bankside Power Station, ancienne centrale électrique réaménagée par Jacques Herzog et Pierre de Meuron. Le Grand Hornu, cité ouvrière belge construite entre 1820 et 1835 par l'industriel Henri Degorge, laissé à l'état de friches dans les années 1950 a lui aussi trouvé une deuxième vie en devenant Musée des Arts Contemporains : le MAC's.

Qui désormais pourra affirmer que l'art contemporain nécessite une architecture contemporaine, que l'art ancien est mieux mis en  valeur dans un bâtiment historique... L'architecture industrielle peut entrer en résonance avec des contenus variés, si le projet est réfléchi. Car le risque est grand de dénaturer ce patrimoine en le réduisant à une simple coquille vide.