La nouvelle vie des nefs Dubigeon à Nantes: les Machines de l'Île
Par Sophie Mouton, le dimanche 1 juillet 2007 à 14:39
1987. La foule, émue, se presse pour assister à la mise à l'eau du dernier navire construit par les chantiers Dubigeon, à l'extrémité de l'Île de Nantes, sur la Prairie au Duc.
2007. La foule, joyeuse, se presse à nouveau sur l'Île de Nantes pour contempler la première sortie d'un géant de métal d'un autre type: l'éléphant.
Histoire d'une reconversion...
La construction navale s'est développée précocement à Nantes. Sa situation en fond d'estuaire favorise en effet le commerce et les activités portuaires qui elles-mêmes stimulent la construction de navires. Les chantiers fleurissent sur la rive nord de la Loire, notamment au XVIIIe siècle alors que la ville connaît son expansion économique grâce à la traite négrière. Mais les chantiers, s'implantant de plus en plus vers l'aval, migrent vers Chantenay et privent Nantes des revenus de l'octroi municipal. En 1835, décision est donc prise de lotir la prairie de la Madeleine et la prairie aux Ducs, afin d'y installer la construction navale.
C'est sur ce site qu'un constructeur nantais bien connu, Dubigeon, migre et installe son industrie en 1910. Au XXe siècle, Nantes vit au rythme de ses chantiers, l'île devenant progressivement la principale zone industrielle. En 1950, l'activité bat son plein, la reconstruction est une période faste: l'État passe de nombreuses commandes pour rétablir sa flotte. Mais l'activité nantaise ne va pas supporter la crise économique des années 1970 et surtout la concurrence accrue du Japon.
En 1987, le Bougainville sort des chantiers navals nantais. Ce sera le dernier navire construit à Nantes. La fermeture des chantiers navals est vécue comme un traumatisme par la population. Les travailleurs, réunis en groupes de pression pour éviter la fermeture de "la Navale", vont bientôt se trouver réunis dans une autre bataille pour la conservation des traces matérielles de l'activité navale à Nantes. En 1995 les différentes associations se regroupent en un collectif et la Maison des Hommes et des Techniques ouvre dans l'ancien bâtiment de la direction des chantiers. Le classicisme de sa façade explique sans doute la volonté originelle de le sauvegarder.
Il n'en va pas de même pour les nefs Dubigeon, qui abritaient la grosse chaudronnerie des anciens Ateliers de la Loire (qui ont fusionné dans les années 1960 avec les autres chantiers pour former Dubigeon Normandie). Les élus et les porteurs du projet de reconversion du site ne semblent pas percevoir tout de suite l'intérêt patrimonial de cette belle architecture de fer et d'acier, caractéristique du début du XXe siècle. Mais progressivement, à force de concertation, les nefs vont trouver leur place dans le grand projet de l'Île de Nantes. Il faut en effet inventer un nouvel avenir pour ce site, qui semble avoir perdu toute raison d'être avec la vague de désindustrialisation des années 1980. Inventer demain, sans faire table rase du passé industriel: telle est la mission de l'architecte Alexandre Chemetoff, dont le projet a été retenu en 1999.
Alexandre Chemetoff veut faire des anciennes nefs Dubigeon un espace public, ouvert aux projets et aux initiatives. Elles constituent un ensemble de 180 mètres de long, de 60 mètres de large et de 26 mètres de long. L'objectif principal des travaux de réhabilitation a été de mettre en valeur et de tirer profit de ces grands volumes. La structure (métallique et béton) a donc été mise à nu, nettoyée et restaurée. Les travaux ont été confiés à Patrick Bouchain et Nicole Concordet, qui ont déjà fait leurs preuves dans la reconversion de l'usine LU en un centre culturel. Deux rues traversent les nefs. La première, du nord au sud, ouverte à la circulation des piétons et des cycles sera le cœur de l'activité du lieu. La seconde, d'est en ouest, prolongera la rue la Tour d'Auvergne et s'ouvrira sur le site des chantiers. De part et d'autre de ces rues et autour des nefs de nouveaux programmes, pérennes ou temporaires, s'implanteront.
L'atelier et la galerie des machines sont le premier programme à s'implanter sur les lieux. L'éléphant, tout droit sorti de l'imaginaire de François Delarozière (Royal de Luxe) et de Pierre Oréfice, s'est installé dans la nef Est. Premier d'un bestiaire mécanique digne des romans de Jules Verne, il symbolise le renouveau des nefs, la reconversion de friches industrielles par l'art. Si certains passionnés ou nostalgiques de la Navale auraient aimé une reconversion plus directement liée aux activités portuaires, il semble que les machines de l'Île de Nantes aient réussi un premier pari: réconcilier les Nantais avec ce territoire industriel.

Commentaires
des erreurs historiques énormes dans cette présentation
Je vous remercie pour cette critique, mais pourrait-elle être plus constructive? N'hésitez pas à compléter ou à corriger cet article si besoin !
Sophie
Je trouve votre article très intéressant et quel spectacle!! On reste en admiration devant cette montagne de métal qui prend vit et nous impressionne! On s'y croirait vraiment. Mais c'est vrai que c'est beaucoup plus intéressant à terre qu'à l'intérieur, mais c'est à faire quand même, à vous d'en juger! J'ai écrit un article sur les machines de l'île et j'ai également fait deux vidéos pour illustrer cet article. Une de l'éléphant à l'intérieur et à l'extérieur et une autre dans la galerie des machines. Vous pouvez y mettre des commentaires si vous le voulez : http://blog.diversivie.com
A bientôt