"Le nouvel âge des musées"
Par Sophie Mouton, le lundi 4 juin 2007 à 15:54
Parmi les ouvrages que j'ai pu lire dernièrement, il en est un qui a particulièrement retenu mon attention: Le nouvel âge des musées de Jean-Michel Tobelem, paru en 2005 chez Armand Colin.
L'auteur y décortique le fonctionnement des musées, quels qu'ils soient, partout à travers le monde. Le sous-titre, "Les institutions culturelles au défi de la gestion", introduit la thèse de l'auteur qui voit dans les musées du XXIe siècle des "organisations culturelles de marché", immergées dans le monde de la consommation. Cette immersion ne signifie pas pour autant que le musée soit une entreprise commerciale comme les autres, bien au contraire. Jean-Michel Tobelem reprend la définition de l'ICOM:
Le musée est une institution permanente, sans but lucratif, au service de la société et de son développement, ouverte au public et qui fait des recherches concernant les témoins matériels de l'homme et de son environnement, acquiert ceux-là, les conserve, les communique et notamment les expose à des fins d'études, d'éducation et de délectation.
La thèse de Tobelem me paraît des plus pertinentes: le musée n'est pas un électron libre, détaché des réalités contemporaines. Il ne doit plus être ce conservatoire intemporel et poussiéreux, replié sur lui-même. Les musées font bel et bien partie de la société, ils évoluent avec elle. Il leur faut donc relever de nouveaux défis, tant en matière de financement, de gestion des ressources humaines que de gouvernance ou d'élaboration de stratégies.
Il s'agit là d'une véritable révolution dans la compréhension du musée: il contribue à produire des retombées importantes en matière d'image, d'activité économique et d'emploi. Le musée de site du Familistère témoigne bien de ce renversement de perspective. Le patrimoine n'est plus considéré par les collectivités territoriales comme un frein au développement local, bien au contraire.
Il semble qu'il faille toutefois s'interroger, avec l'auteur, sur cette tension grandissante: peut-on concilier la mission scientifique et culturelle des musées avec l'exigence de mise en valeur qui conduit à l'amélioration des services aux visiteurs, à l'intégration aux projets de développement des territoires?
Tourisme, événementiel, communication: les musées sont aux prises avec le marché. S'ils ne peuvent l'ignorer, ils ne doivent pas pour autant succomber aux dérives commerciales. C'est là le rôle des professionnels de la culture: donner des clés de lecture adaptées à la compréhension de discours scientifiques rigoureux et ambitieux.
Commentaires