Missions du stage

Au sein des équipes du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, j’ai participé à l’élaboration d’un événement culturel important. Il s’agissait en effet de commémorer le centenaire de la réhabilitation du capitaine Alfred Dreyfus.

L’exposition s’intéresse plus particulièrement à la personne d’Alfred Dreyfus, qui bien souvent est mise de côté par les chercheurs. Le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme a donc tenu à centrer son propos sur le combat pour la justice d’Alfred Dreyfus, soutenu par d’importantes figures intellectuelles. Cet événement permettait également de montrer au grand public des pièces importantes du fonds Dreyfus, souvent confinées dans les réserves du musée.

Travailler sur les collections du musée

La première mission qui m'a été confiée fut d’inventorier une partie de la correspondance familiale contenue dans le fonds Dreyfus. J’ai donc répertorié des lettres reçues par le capitaine Dreyfus ou par ses proches. Il s’agissait de lettres de soutiens venues du monde entier, de témoignages de sympathie divers, de messages de dreyfusards, de proches, etc. J’ai transcrit ces correspondances et je les ai décrites afin de les insérer dans la base de données du musée. Mon travail a permis de mieux appréhender le fonds Dreyfus et de mettre au jour des pièces remarquables.

En vue de l’exposition, le musée a également mené une politique d’acquisition d’œuvres ayant trait aux retombées de l’affaire Dreyfus dans la société française. J’ai notamment aidé à l’acquisition du « carnet de chèques de Caran d’Ache » et de quelques journaux d’époque. Après description précise, ces pièces ont rejoint l’inventaire général du musée.

Durant le mois de janvier, j’ai donc surtout travaillé sur les collections du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.

Trouver d’autres œuvres et contacter les prêteurs

La commissaire d'exposition, Anne Hélène Hoog m’a ensuite confié une mission de recherches documentaires. Je devais notamment trouver des pièces rarement exposées, peu connues du grand public. J’ai ainsi passé beaucoup de temps dans les bibliothèques parisiennes (bibliothèque historique de la ville de Paris, bibliothèque Carnavalet, Forney, etc.). Ce travail de recherches a permis de rendre compte de l’état de la société française durant l’affaire Dreyfus, notamment grâce à la presse et aux affiches. Il a notamment été utilisé dans la cour du musée, qui a accueilli des unes de journaux particulièrement explicites, retraçant les différentes étapes de l’affaire. En travaillant sur les archives conservées par la Fondation nationale des Sciences Politiques, j’ai en outre trouvé deux listes rédigées par Lucien Herr. Après étude, elles se sont révélées êtres fort intéressantes : il s’agissait de noms d’intellectuels à contacter en faveur d’Alfred Dreyfus. Un formidable témoignage de la mobilisation intellectuelle, qui s’insérait fort bien dans le parcours de l’exposition et dans la scénographie.

Anne Hélène Hoog a suivi mes recherches de manière très attentive, sélectionnant les pièces pouvant être exposées. Une fois cette sélection réalisée, j’ai dû prendre contact avec les prêteurs, qu’ils s’agissent d’institutions patrimoniales ou de collectionneurs privés. J’ai donc formulé les demandes de prêts officielles et en ai assuré leur suivi.

Montage de l’exposition – scénographie

La dernière partie de mon stage a été consacrée au montage de l’exposition. Aux côtés de la commissaire, j’ai participé à la réalisation du parcours de l’exposition. Il s’agissait de l’adapter suite aux réponses des différents prêteurs et aux nouvelles découvertes. Le plan et le propos de cette exposition ayant été élaborés avant mon arrivée dans le service conservation, j’ai surtout travaillé à la finalisation de ce parcours. J’ai dû notamment veiller à la précision des cartels.

Anne Hélène Hoog m’a également associée à toutes les réunions de travail avec les scénographes. J’ai donc rencontré les équipes du collectif Nous Travaillons Ensemble. J’ai pu suivre la création de l’exposition, grâce à un modèle réduit des espaces du musée. Au cours de ces séances de travail, j’ai participé aux réflexions menées sur la communication autour de l’évènement. Il s’agissait par exemple de réaliser les affiches, les invitations, les prospectus, etc. en collaboration avec le service communication du musée.

Enfin, j’ai travaillé dans les réserves du musée à la préparation des œuvres. Aux côtés de la régisseur des œuvres, Odile Lemonnier, et des équipes de restauration, j’ai vérifié leurs états de conservation. J’ai ensuite classé les œuvres destinées à être montrées selon le parcours de l’exposition.

La diversité du travail que j’ai eu à effectuer est l’un des points fort de mon stage. Cette expérience m’a en effet permis d’assimiler le processus de création et d’élaboration d’un projet culturel de grande ampleur.

Bilan

Cette immersion dans le milieu auquel je me destine m’a permis de mieux appréhender les réalités professionnelles et de mettre en valeur mes compétences personnelles. Ce stage s’est aussi et surtout révélé être une formidable formation aux métiers du patrimoine.

Apprentissages sur le milieu professionnel

Ces trois mois passés au sein du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme m’ont renforcée dans mon envie de travailler en équipe. J’ai en effet eu l’occasion de prendre conscience de la nécessité de la collaboration entre services au profit d’un projet commun, à savoir l’exposition Alfred Dreyfus. Le combat pour la justice. Il s’agit là d’un facteur essentiel pour la réussite d’un projet culturel.

Grâce à ce stage, j’ai pris conscience de l’importance des réseaux de connaissance dans le secteur du patrimoine. Il a en effet fallu mobiliser de nombreux contacts pour réaliser cette exposition. Il a également fallu attirer des sponsors, convaincre pour attirer les financements. L’exposition « Alfred Dreyfus. Le combat pour la justice » bénéficie en effet du soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et est réalisée en partenariat avec France Culture et Histoire.

Enfin, travaillant au sein du service conservation, j’ai rencontré d’autres professionnels, aux horizons très variés. Cette ouverture sur d’autres métiers a été très enrichissante. J’ai beaucoup apprécié travailler avec le service pédagogique pour la réalisation d’un parcours pour les enfants.

Compétences professionnelles

En travaillant à l’élaboration d’une exposition, j’ai pu mettre à profit une qualité personnelle, indispensable semble-t-il à la réalisation de projets culturels : l’organisation. J’ai ainsi dû réaliser une sorte de cahier des charges, fixant les différentes étapes du montage de l’exposition. J’ai également fait preuve d’un sens des responsabilités essentiel dans le monde professionnel.

J’ai acquis de nombreuses compétences. Au premier rang d’entre-elles, la connaissance du processus d’élaboration d’une exposition. Durant trois mois, j’ai vécu quelques étapes de ce processus et j’ai découvert les grands moments de la réalisation d’un projet patrimonial. J’ai notamment acquis les bases méthodologiques : du diagnostic aux dossiers de financements, en passant par l’élaboration et le suivi d’un projet culturel.

Ce stage a confirmé mon envie de travailler à la transmission du patrimoine. Il a même précisé cette envie. Je souhaite en effet réaliser des projets culturels exigeants vis-à-vis du public. Cette exigence devant avoir pour corollaire une volonté forte d’élargir et de s’adapter à la diversité des publics. Car il faut donner du sens pour prendre du plaisir et construire des rencontres fertiles entre le patrimoine et les individus.

L’exposition Alfred Dreyfus. Le combat pour la justice a été inaugurée le 13 juin 2006, en présence du Garde des Sceaux Pascal Clément et du petit-fils d’Alfred Dreyfus, Jean-Louis Lévy.