Au sein du Familistère, musée de France au titre de la loi de 2002, j’ai été chargée de la conception et de la mise en œuvre d’outils pédagogiques en direction des jeunes publics. Sous la direction du conservateur du site, Frédéric Panni, j’ai construit les bases du futur service pédagogique du musée. L’intérêt de ma mission réside dans le fait qu’au Familistère s’élabore un programme ambitieux, Utopia, qui accorde une place importante à la médiation culturelle.

Dans une première phase de travail, j’ai pris connaissance de l’histoire du site, des programmes muséographiques, mais aussi des dernières innovations en matière de pédagogie dans les musées. Pour ce faire, j’ai eu la chance de visiter différents services pédagogiques et d’assister à quelques ateliers au sein du Musée des Arts et Métiers, du Musée Matisse au Cateau-Cambrésis, du Centre Historique Minier de Lewarde ou encore à l’Ecomusée de l’Avesnois. Afin de concevoir des ateliers pour les groupes scolaires, j’ai en outre beaucoup étudié les programmes de l’Éducation nationale.

Le programme des activités jeunes publics

Puis, j’ai proposé plusieurs thématiques d’ateliers. Mon travail a été guidé par une question essentielle : qu’est-ce que les enfants doivent-ils retenir de leur visite ? J’ai donc conçu le programme des activités jeunes publics, qui comprend quinze ateliers-visites qui peuvent être classés en trois niveaux, correspondants approximativement aux enfants des écoles primaires, aux collégiens et aux lycéens. Il m’a paru essentiel de proposer des activités adaptées aux niveaux de chacun, sans laisser de côté les adolescents. Il me semble qu’une offre intelligente et multi-disciplinaire ne peut que séduire les enseignants, soucieux de transmettre des connaissances par des canaux différents. Si la majorité de mon travail a été consacrée aux groupes scolaires, j’ai également tenu à imaginer des ateliers familiaux, plus libres et plus ludiques que les versions proposées à l’Éducation nationale.

Les ateliers-visites sont thématiques, alliant découverte du site et expérimentation. J’ai voulu tirer parti des richesses du Familistère en proposant une offre très diversifiée. Cette diversité doit permettre à des enseignants d’horizons différents de travailler ensemble autour du patrimoine. Cette diversité doit également donner envie aux publics de revenir sur le site, pour le découvrir sous un autre aspect. J’ai retenu trois approches principales : une approche patrimoniale, notamment sur l’histoire du lieu et des modes de vie sociétaires, une approche technique, notamment sur l’histoire industrielle et enfin une approche scientifique, pour tirer parti de l’environnement naturel qui borde le Familistère.

Outre ces ateliers-visites, le programme comporte quelques pistes pédagogiques : des thématiques intéressantes à traiter sous forme de dossiers (Être enfant hier, aujourd’hui et ailleurs; Versailles à Guise ?; La naissance de l’industrie à Guise au XIXe siècle; L’habitation unitaire : Godin et Le Corbusier), des mallettes (Les volumes du Familistère; le jeu de l’Association coopérative), ou encore des projets patrimoniaux à mener avec une classe sur une longue durée.

Dans un deuxième temps, j’ai rédigé les scénarios détaillés de trois ateliers, sélectionnés par le conservateur et le chargé de la communication et des publics:

  • Un Palais de briques : cycle 3 ; architecture, arts plastiques, géométrie, technologie
  • Mesurer, adapter prévoir: au Familistère, à chacun selon ses besoins ! : collège ; technologie, arts plastiques, histoire, mathématiques
  • Paysages de l’industrie : lycée ; géographie, histoire

Le 1er mai des enfants

Ma mission de conception pédagogique comportait en outre un volet d’expérimentation. Au Familistère, le 1er mai est l'occasion d'une grande fête qui attire chaque année quelques 5000 visiteurs. Dans le cadre du 1er mai 2007, j'ai eu la responsabilité - après l’avoir conçu et adapté au cadre festif de l’événement - de mettre en place l'atelier Un Palais de briques et de l’animer.

Un Palais de briques est un atelier consacré au matériau de construction le plus répandu au Familistère : la brique. Il s’agissait de montrer aux enfants ce qu’est une brique et tout ce que l’on peut faire avec. D’abord des murs, mais aussi des décors très variés.

Installé dans la cour intérieure de l’aile droite, l’atelier guidait les regards vers les frises géométriques intérieures, reconstituées au sol ou photographiées et accrochées aux angles de la cour, pour plus de clarté.

La première phase de l’atelier était consacrée à l’observation des frises de briques, que les enfants pouvaient reproduire grâce à un carnet de croquis. Ce document pédagogique leur proposait quelques petits jeux de symétrie et présentait succinctement la brique au Familistère.

Puis les enfants imaginaient leur propre motif géométrique, qu’ils dessinaient avant de le réaliser avec des mini-briques de bois aimantées. Les motifs mis bout à bout formaient ainsi une frise collective.

De 14h à 18h, nous avons accueilli plus d’une centaine d’enfants, la plupart accompagnés de leurs parents. Ces derniers paraissaient satisfaits de l’activité proposée et ont tenu à guider leurs enfants personnellement. Pour les familles, le 1er mai est aussi un moment pour se retrouver et participer ensemble à des activités, comme celle proposée par le Familistère.

Ce stage de 15 semaines a donné lieu à un rapport, que j'ai soutenu devant un jury à l'Université de Nantes le 30 mai 2007. Mon travail a fait l'objet d'une évaluation de la part de mon responsable, Frédéric Panni.